Mon premier trimestre de grossesse – Les doutes

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Après ma fausse couche, j’ai rapidement eu besoin de me projeter, de penser à ce nouveau bébé qui serait peut-être le « bon » cette fois-ci, il fallait que je pense positivement. Mon conjoint était aussi dans cette optique, aller de l’avant, nous ne voulions pas nous laisser décourager par cette dure expérience dans notre projet de parentalité.

J’étais dans une sorte d’état d’urgence, encore plus fort que la hâte, il FALLAIT tout recommencer à zéro et réparer à tout prix ce qui s’était passé. Il FALLAIT que ce nouveau bébé que je commençais à imaginer soit dans mon ventre au plus vite. Je voulais aussi prouver à mon conjoint que j’étais capable d’être maman et de prendre soin de ce petit être dans mon ventre. Parallèlement, comme vous l’imaginez certainement, j’étais anxieuse à l’idée de mettre du temps à retomber enceinte, ne pas y arriver, j’avais peur d’être déçue à chaque test de grossesse et de me poser plein de questions insensées.

Mais voilà, je fais partie des chanceuses qui tombent enceintes rapidement et quinze jours après ma fausse couche, j’ai eu le bonheur et le soulagement de voir mon test de grossesse positif! Je dis « chanceuse », car j’ai conscience que c’est une chance inouïe et à quel point cela peut être dur pour les (futures) mamans qui mettent du temps à tomber enceinte. Je les admire énormément pour leur courage et leur patience, je ne sais pas comment j’aurais pu réagir si la période avait été longue, j’avais l’impression de ne plus être moi-même car je ne pensais plus qu’à ça, c’était devenu obsessionnel. 

Mon coeur se regonflait d’espoir et mon ventre d’une nouvelle petite vie. Mais cette joie n’a duré que quelques instants malheureusement. Le spectre du doute est venu rapidement frapper à ma porte et il s’est installé pendant tout ce premier trimestre. Le voile de l’incertitude, vous savez, celui qui fait disparaitre toute la jolie naïveté avec laquelle vous abordez cette nouvelle et merveilleuse étape et qui vous laisse seule et démunie face à vos craintes… Ce spectre était bien présent, décidé ne pas me laisser de répit.

Je tenais pour responsable ma fausse couche non seulement de la perte de mon premier bébé, mais encore plus de la peur et des doutes qui se substituaient à la réjouissance et à l’euphorie d’un début de grossesse. Je sais que pour les (futures) mamans n’ayant pas vécu de fausse couche, ce doute est aussi présent, et c’est ce qui fait que ce premier trimestre est une dure mise à l’épreuve. De surcroît, quand on connait les moindres symptômes de la fausse couche, on devient un peu parano et obsessionnelle (je vérifiais que je ne saignais pas toutes les heures par exemple…). Ce n’était pas un petit être en train de se former que je sentais en moi mais bien une boule au ventre. Au moindre tiraillement ou petite douleur, toutes mes appréhensions prenaient le pas sur la raison, j’avais l’impression que tout basculait, je remettais en cause toutes mes certitudes. Comme si j’attendais que le moment fatidique arrive avec des pensées et des phrases à en faire pâlir un scénariste de mélodrames. 

En parlant avec mon conjoint qui était toujours rassurant, je comprenais que la grossesse était quelque chose de contingent, qu’il fallait être patiente et laisser les choses se faire doucement. Chaque semaine j’avais l’impression de gagner une petite bataille, mais chaque semaine aussi, je gardais à l’esprit que si je devais faire une fausse couche ça serait encore plus dur. Alors j’essayais de ne pas trop me projeter, j’attendais, on attendait. Cela a été très dur pour moi, car je sentais tous les symptômes de la grossesse (et pas les plus agréables comme vous vous en doutez!), mais en même temps, je me disais que rien n’était gagné, comme si je n’avais pas encore le droit de me sentir réellement enceinte. Les jours, les semaines ont été longues, en plus j’étais si fatiguée que j’avais l’impression de subir les choses, d’être condamnée à l’inaction, à la passivité, et de vivre sur la sellette. Je me sentais impuissante, tiraillée entre le fait de vouloir aimer de tout mon coeur ce petit être et celui de mettre des « distances » pour ne pas souffrir si le pire arrivait encore une fois. J’avais aussi mauvaise conscience, je culpabilisais de me sentir parfois froide avec ce bébé: il n’y était pour rien dans tout ce qui m’était arrivé, lui ne demandait qu’à vivre et être aimé. Un matin j’ai craqué et j’ai décidé de lâcher prise, de l’aimer plus que tout, en prenant le risque et la responsabilité de souffrir un jour si je le devais, mais rien ne pourrait désormais se mettre en travers de notre toute nouvelle relation.

Le doute nous permet d’avancer dans la vie car il nous amène à nous questionner. Par conséquent, il nous aide à faire des choix et à comprendre les choses sous différents angles en prenant conscience qu’il y a toujours plusieurs possibilités. Et dans le cas de figure de la grossesse je trouve le doute particulièrement édifiant. Je l’ai haï de toutes mes forces en ayant hâte que le « réel » (c’est-à-dire le bébé) prenne place pour de bon et le fasse disparaitre comme si c’était quelque chose d’éphémère que l’on pouvait chasser. Mais le doute ou l’angoisse ne font pas partis d’une « phase » à laquelle l’échographie du premier trimestre mettrait fin, ils sont inhérents à la réalité, ils sont la réalité des choses.

Je prends conscience avec du recul qu’être parent c’est toujours douter. Douter de nous, de nos décisions, de nos croyances, c’est avoir constamment peur que les choses ne se passent pas comme prévu et de ne pas pouvoir tout contrôler. Même si mon premier trimestre de grossesse est maintenant passé, je rencontre de nouveaux doutes auxquels je n’avais même pas songé auparavant. Les doutes ne me quitteront jamais, je découvre que nous sommes rarement apaisés quand nous prenons la responsabilité de mettre un petit être au monde. Et non, la grossesse n’était pas un dû ou quelque chose de facile ou d’apaisant comme on pourrait facilement le croire. Tout devient mouvant, plus rien n’est sûr, tout tient à un fil, c’est une remise en question perpétuelle... Tout comme notre parentalité à venir le sera.

Toutes les projections, fantasmes et certitudes que l’on avait se retrouvent petit à petit mis à plat et l’on repart avec de nouvelles idées, notre état d’esprit change, notre regard sur nous-mêmes, notre couple et notre avenir n’est plus le même, nous grandissons encore et encore chaque jour. Être maman s’apprend finalement dès la première seconde où l’on sait que l’on est enceinte, il faut apprendre à gérer ce tourbillon d’émotions fortes, de doutes qui rentrent en contradiction, il faut apprendre à les dompter et surtout vivre avec car une chose est sûre, c’est qu’elles nous suivront pour toujours!

À très bientôt!

Marine

19 commentaires sur « Mon premier trimestre de grossesse – Les doutes »

  1. Quel beau texte. J’aime beaucoup ta plume.
    Tout ce que tu écris est tellement vrai. Je me retrouve dans tout ce que tu as écrit. Ce doute omniprésent et l’angoisse aussi. Cette peur de perdre cette vie qui grandit en nous. Ça ne va pas vraiment te rassurer, mais une fois que ton bébé est là, bien présent dans tes bras, les doutes sont toujours là. Mais ils permettent de te faire avancer et d’être le meilleur parent pour ton enfant.

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    1. Merci pour ces gentils mots Anna!
      C’est vrai, tu as raison, je crois que les doutes seront toujours là et ils sont un des charmes et un des moteurs de la parentalité. Il faut savoir se remettre en question, parfois changer d’avis, remodeler ses certitudes, un travail à plein temps!!

      Belle journée à toi!
      Marine

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  2. Salut Marine!!
    J’ai ADORÉ ton article, j’ai pas fait de fausse couche et j’ai ressenti les mêmes choses au début. Parfois la grossesse est injuste, j’avais trop peur de perdre ma puce, et finalement elle est là aujourd’hui. Et c’est vrai que la vie de parents c’est toujours des doutes, on a peur de prendre les mauvaises décisions, mais bon, il faut s’accrocher.
    Bravo pour tes articles, c’est bien écrit et tellement vrai! 🙂 Fanny

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  3. Tres beau texte ! je me suis retrouvé dedans, même si je ne n’ai pas fait de fausse couche. Mais mon mari et moi ça faisait 2ans qu’on l’attendait .. 2ans c’est long… et un beau jour mon test était positif et la l’angoisse est apparue, l’angoisse de le perdre.. je pense que l’on est toutes pareilles et malheureusement on a pas finit de stresser 😊. J’ai hâte de finir mon premier trimestre (bientôt) et pouvoir vivre pleinement de la grossesse. Merci pour tes textes, à bientôt .

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    1. Merci pour ton compliment! Je comprends que deux années soient effectivement synonyme d’une très longue attente et qu’elle justifie une angoisse dès que le test de grossesse fut positif! Comme tu le dis bien, j’ai l’impression que l’on est toutes pareilles ce premier trimestre, il est très éprouvant psychologiquement parlant, une étape compliquée remplie de contradictions!

      À très bientôt!!
      Marine

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    1. C’est gentil de me rassurer! Tu as raison c’est plutôt sain et je le vois comme ça maintenant. C’est ce qui me permet de transformer les doutes ou l’angoisse en une énergie positive!!

      Bien à toi,
      Marine

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  4. Salut Marine ! Je commence mon 3ème mois de grossesse, je me retrouve dans la même situation que tu décris avec tant de finesse, c’est dur, stressant, on veut y croire et parfois on se dit que ça serait trop beau.. En tout cas merci pour tes mots rassurants, tu as raison, il faut accepter la part de doute. J’avais aussi bien aimé ton précédent article, au plaisir de te lire prochainement !

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  5. Je me revois encore dire à mon conjoint pour le rassurer «ça ira mieux après l’écho du 1er trimestre, je serai moins stressée» 😶 Tu as bien résumé la chose, à cette écho se succèdent d’autres angoisses, d’autres questions…et toujours après la naissance, ce sera donc sans fin. Une période un peu «bâtarde» pour ma part a été celle qui suit cette écho, avant celle de 22 SA : tu commences à t’arrondir, tu as vu à l’écran qu’il y avait bien quelqu’un là dedans mais…tu ne le sens pas encore bouger. C’était très étrange, caresser son bidon naissant sans avoir les réponses en retour ! Après c’est pfiiiiou, magique ❤

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    1. Tes mots sont justes! Effectivement c’est compliqué au début… Nous avons tous les symptômes de la grossesse, sauf le principal et le plus plaisant: celui de le sentir bouger!! C’est dur, il faut être patiente, mais le temps parait être si long! Par contre une fois qu’on le sent bouger c’est génial, j’adore cette sensation et mon conjoint le sent aussi quand il pose sa main, un beau moment de partage!

      À très bientôt,
      Marine

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  6. Ton article me parle tellement… Après un an d’essai bébé je tombais enfin enceinte !! C’était l’euphorie même si au fond de moi je sentais que quelque chose n’allait pas car j’avais peu de symptômes. Et le 14 juillet j’ai perdu du sang, direction les urgences où une sage femme m’a maladroitement dit que mon bébé était mort depuis une semaine (j’étais à 8SA) … Notre monde s’effondre. Tout le monde faisait la fête dehors avec le feu d’artifice, et nous étions tous les 2 dans la peine. J’ai mis plus de temps à m’en remettre physiquement que psychologiquement. La douleur est intense lors de « l’évacuation » avec de vraies contractions. Et puis, deux mois après j’étais de nouveau enceinte ! Ce coup ci avec les symptômes 🙂 actuellement, je suis dans mon 8ème mois de grossesse mais il m’arrive toujours de m’inquiéter lorsqu’il ne bouge pas beaucoup. Tellement hâte de le tenir dans mes bras 🙂 ❤

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    1. Je suis super heureuse de lire ton commentaire! Nos histoires se ressemblent en effet!!
      C’est vrai que l’on passe d’une angoisse à l’autre, surtout quand on ne le sent plus bouger! C’est pour ça que j’ai investi dans un doppler. Je ne le sors jamais, qu’en cas de « gros doute » et en 3 secondes je trouve le coeur du bébé et je suis rassurée (je ne voulais pas passer des heures dans l’incertitude)! Mon petit garçon bouge pas mal pour l’instant alors je ne stresse pas trop! D’autres doutes font petit à petit leur apparition mais ils viennent avec les questions de l’arrivée du bébé alors c’est super positif! Des doutes comme ça sont un vrai moteur en tant que parent si on arrive à les gérer!
      J’espère que ta fin de grossesse se passe bien et que ton petit bébé va bientôt arriver, tu dois avoir hâte!

      Bien à toi,
      Marine

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  7. Salut marine, j’ai adoré ton article je subit exactement ce que tu as vécu j’ai fait un curetage aujourd’hui à 10 SA, j’espère également tombé enceinte rapidement comme toi sera génial, et tu as raison en parler fait beaucoup de bien. Ton article aide à un peut plus relativisé les choses c’est bien, bon courage pour la suite 🙂

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    1. Coucou Angélique!

      Je suis sûre que tout va bien se passer pour ta prochaine grossesse et que tu vas rapidement tomber enceinte!
      Il faut y croire, être positive et ne pas trop penser à ça! La fausse couche est traumatisante, mais je suis persuadée qu’une bonne nouvelle t’attend très prochainement! Parfois quand je prends du recul, je me dis que c’est impressionnant à quel point le fait de vouloir devenir parent change beaucoup de choses. J’avais pour habitude d’être plutôt positive et insouciante et dès qu’on se lance dans cette aventure, notre perception des choses prend un nouveau tournant, on se sent responsable et tout de suite plus adulte! Mais quelle magnifique expérience même si parfois elle est éprouvante alors qu’elle a à peine commencé!

      Bien à toi,
      Marine

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  8. Bonjour Marine, je vois que nous avons encore plus de choses en commun que ceux que tu as énuméré sur insta. Moi aussi j’ai fait des fausses couches précoces et une tardive l’année dernière à presque 5mois de grossesse. Mais mon utérus et l’ambiance délétère en plus des angoisses liées aux précédentes et peut être ma dernière chance d’avoir un bébé à cause de problèmes de santé graves , ont eu raison de cette grossesse miracle. Mon compagnon n’en voulait pas et m’a quittée en espérant une fausse couche qui à chaque fois peut me coûter la vie ou mon utérus. Ma famille n’en sait rien et il est vrai que pouvoir en parler apaise. Malheureusement pour moi à chaque fois que c’est arrivé une amie m’annonçait sa grossesse avec sa hantise de la fausse couche alors que faire à part rien dire et rassurer mes amies et être heureuse pour elles même si une partie de moi s’écroulait un peu plus chaque jour.
    Avec mon nouveau compagnon, tout est si différent. La communication est là et il me rassure jusqu’à l’autre soir où à 800km de moi il m’annonçait qu’il était prêt et compte tenu de son âge (34ans ) il était tant de concrétiser nos rêves et surtout celui de bébés . Oui bébés au pluriel car je suis abonnée aux grossesses gémellaires donc double douleur , tristesse, culpabilité et du mal à me voir pleinement femme. Je suis issue d’une famille de jumeaux et faux jumeaux. Donc comme j’ai une date butoire que je pourrai pas négocier comme en janvier cad moins de 5ans pour réaliser mes rêves de maternité et qu’on en veut 2 , mon chéri mise sur des faux jumeaux pour m’infliger le stress que d’une grossesse et pour ma santé une grossesse limitée à max 8mois dans tous les cas jumeaux ou non et aussi pour lui car gérer 2fois des grossesses à très hauts risques, rapprochées avec des bébés de petits poids et prématurés mais capables de respirer sans aide et boire leurs biberons au pire au bout de 4jours de vie lui semble plus souhaitable car il sait que je vis dans l’angoisse de perdre à nouveau un petit ange ou même de ne plus pouvoir mener de grossesse. Ça ronge la perte d’un bébé précoce ou non . Je suis bien placée pour le savoir, tout comme le vide qui se fait autour de soi et les jugements gratuits comme si on se punissait pas assez nous mêmes.
    Mais cette fois, j’ai décidé de vivre et vivre la construction de ce projet parental et essayer au maximum de profiter de ma grossesse le moment venu car je sais que je peux compter sur mon homme,je ne suis pas seule dans cette aventure et aventure désirée avec impatience même si ma santé m’oblige à planifier au maximum à l’avance la partie médicale. D’où sur insta je m’autorise à profiter et partager le côté léger de cette belle aventure qu’est de construire son foyer pour préparer l’arrivée le plus vite possible de bébé ou bébés. On verra mais chéri est prêt limite à soudoyer les médecins pour avoir le feu vert et laisser la bonne nouvelle arrivée au plus vite.
    Jamais je pourrai le remercier à la mesure des bouleversements qu’il a apporté dans ma vie : j’étais résignée à ne plus avoir d’enfant car mon petit ange me manquait et tout ça par ma faute, j’essayais d’accepter que n’ayant pas d’enfant je condamnais ma famille faute d’héritier . Mais le 24 décembre à minuit, tout est devenu évident on était amoureux ,chacun en famille pour les fêtes , et on a commencé à compter les jours qui nous séparaient. Depuis le 6 janvier 2017, on ne s’est plus quitté.

    Mais j’ai appris de ces épreuves ce qu’est la réalité de la parentalité.

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  9. Merci pour cet article 🙂 je vais ajouter ton blog a mes favoris maintenant. C’est rassurant de te lire. A la fois parce que ca prouve que tout peut bien se passer mais aussi parce que ca permet de mettre des mots sur ce sentiment (qui je pense m’envahira aussi lorsque je retomberai enceinte)

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